Interview de Madelene Dos Reis Gomes, coordinatrice de camp tortues marines pour l’ONG Biosfera au Cap-Vert.

Published on 11 juillet 2022
ICON/BTN/arrow/2/arrow-down Created with Sketch. Conservation des écosystèmesInterview de Madelene Dos Reis Gomes, coordinatrice de camp tortues marines pour l’ONG Biosfera au Cap-Vert.

L’ONG Biosfera intervient sur l’île déserte de Santa Luzia au Cap-Vert sur la conservation des espèces présentes (lien vers leur site web ici). On y rencontre notamment une diversité d’oiseaux (dont l’alouette de Razo (CR)), de reptiles terrestres endémiques, de requins mais aussi des tortues marines dont les tortues caouannes (Caretta Caretta, (EN)). Le Cap-Vert étant le troisième site de pontes au monde pour les tortues caouannes, depuis plus de 10 ans l’ONG réalise des patrouilles de suivi et de protection de ces tortues lors de la saison de pontes (Juin-Octobre). Des équipes d’une dizaine de volontaires se relaient pour effectuer ce travail. Madelene Dos Reis Gomes est aujourd’hui coordinatrice de camp.

 

« Ce qui me fait le plus plaisir, c’est de savoir que j’ai sauvé une tortue, que j’ai contribué à ce qu’elle vive un peu plus longtemps et que je suis un exemple de motivation pour ceux qui ont été témoins de mon travail. »

 

  1. Bonjour Madelene, tu es maintenant coordinatrice du camp de tortues à Santa Luzia pour l’ONG Biosfera, peux-tu te présenter et nous dire comment tu es arrivée à ce poste ?

 

Je m’appelle Madelene Dos Reis Gomes, j’ai 27 ans, j’ai commencé comme volontaire sur un camp de suivi des tortues sur l’île de Boavista (Cap-Vert) en 2016. Plus tard je suis venue avec l’ONG Biosfera sur l’île de Santa Luzia en 2018, 2019 et 2020 comme agent de suivi des tortues. Et depuis 2021 je suis coordinatrice du camp. J’ai pu réaliser tout ça parce que j’ai été étudié la biologie à l’Institut des Sciences de la Mer de l’Université Technique de l’Atlantique de Mindelo au Cap-Vert (ISECMAR-UTA). J’ai pris cette voie car je suis passionnée par les animaux et depuis longtemps ce que j’aime est être en contact avec la nature et cette fonction me le permet.

  1. Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton travail ?

 

Ce qui me fait le plus plaisir, c’est de savoir que j’ai sauvé une tortue, que j’ai contribué à ce qu’elle vive un peu plus longtemps et que je suis un exemple de motivation pour ceux qui ont été témoins de mon travail. Une autre chose qui me plaît beaucoup est de voir la bonne entente au sein du camp entre les volontaires et les agents de l’ONG, car étant sur une île déserte et difficile d’accès (minimum 4h en bateau), l’ambiance doit être la meilleure possible.

 

  1. Peux-tu nous décrire brièvement l’île de Santa Luzia et nous présenter une journée de travail à Santa Luzia pendant la saison de ponte des tortues ?

 

Santa Luzia est une île déserte, extrêmement sèche et aride, sans arbre, avec quelques collines, des plaines rocheuses et des dunes de sable. Son point culminant est le Mont Topona, haut de 397 mètres. Elle est située entre les îles de São Vicente et São Nicolau, au Nord-Ouest du Cap-Vert. A son extrémité Est se trouve la plus grande zone de ponte de tortues marines de l’île.

 

Une journée de travail à Santa Luzia est très fatigante car nous nous levons très tôt (4h) pour aller travailler sur les plages (suivi des traces, des nids et des individus encore présents), ce qui représente une longue marche dans le sable. La chaleur rend le travail plus difficile, il n’y a pas de point d’ombre, ni d’eau douce sur l’île (les équipes sont ravitaillées en eau par bateau). En plus de ce suivi des plages, s’il y a des tortues perdues en arrière des plages, nous devons les retrouver et les ramener à la mer, et cela prend parfois beaucoup de temps (parfois plusieurs centaines de mètres et une tortue peut peser plus de 100 kg). Enfin, il y a toujours le travail de nuit, qui consiste à surveiller, marquer les nids et de temps en temps poser des puces de suivi sur les tortues.

 

Sur Santa Luzia, il y a très peu de braconnage car il s’agit d’une zone difficile d’accès. Les principales menaces sont de ne pas les laisser se perdre et donc mourir ou que les nids soient inondés.

 

  1. Peux-tu nous parler de ta première rencontre avec une tortue marine et de ce que cela t’a évoqué ?

 

Ma première rencontre avec une tortue a été incroyable, un mélange de sensations. J’avais une énorme envie de rencontrer une tortue et, étonnamment, encore aujourd’hui, malgré les centaines de tortues rencontrées, je ressens les mêmes émotions lorsque je croise une tortue.

 

  1. Si tu pouvais voyager dans le futur, comment aimerais-tu voir l’île de Santa Luzia ?

 

Je l’imagine avec beaucoup de biodiversité et qu’elle soit exclusivement une réserve naturelle.

 

  1. As-tu un message pour les lecteurs de cette newsletter : partenaires techniques et financiers, ONG, etc. ?

 

J’aimerais suggérer de suivre, soutenir ou de continuer à soutenir ce genre de projets sur l’île de Santa Luzia car cela permet d’avoir d’excellents succès de conservation (le nombre d’individus observés est en augmentation). Pour cela, il est clairement préférable d’avoir de bonnes conditions de travail et de bons équipements. J’en profite pour remercier toutes celles et ceux ayant contribué à la conservation sur l’île de Santa Luzia.

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