Sekakoh apaise les tensions et appui la sédentarisation de l’élevage autour du Parc National de Mpem et djim au Cameroun
Published on 18 mai 2026Lors des missions de suivi et d’évaluation, le PPI se rend sur le terrain pour dépasser les seuls indicateurs de projet et comprendre comment les actions se traduisent concrètement dans les territoires. Cette démarche permet d’observer les résultats, d’échanger avec les équipes locales, mais aussi de mieux saisir les tensions, les arbitrages et les apprentissages qui façonnent réellement la mise en œuvre des projets.
C’est dans ce cadre que Marie, chargée de mission du PPI, a rencontré l’association SEKAKOH autour du Parc National de Mpem et Djim, dans la région du Centre au Cameroun. Ce parc, situé dans une zone de transition entre forêt et savane, abrite une biodiversité particulièrement riche, mais subit une pression croissante liée aux activités pastorales en périphérie. En l’absence de plan d’affectation des terres, l’insuffisance des zones de pâturage et leur dégradation progressive ont conduit à une intrusion saisonnière du bétail dans l’aire protégée, alimentant à la fois l’érosion des habitats et les conflits entre éleveurs, agriculteurs et gestionnaires du parc.

Crédit : Marie Furtado, 2026.
Le projet porté par SEKAKOH vise à répondre à cette tension en améliorant durablement la sédentarisation de l’élevage autour du parc. Plutôt que d’aborder la question sous un angle strictement répressif, l’association a travaillé à construire des solutions avec les communautés concernées, en particulier les éleveurs peuls, souvent difficiles à mobiliser car historiquement peu intégrés aux dispositifs de concertation.
La première étape a consisté à réunir les différents groupes d’usagers — éleveurs peuls, agriculteurs et communautés locales — pour cartographier ensemble les usages du sol et identifier les principales zones de tension. Ce travail a permis de rendre visibles les chevauchements entre pâturages, champs agricoles et espaces protégés, et d’ouvrir un dialogue sur les causes concrètes des conflits. Pour faciliter les échanges avec les communautés peules, SEKAKOH a adapté sa méthode en s’appuyant sur des relais de confiance : un point focal local et un chef berger, capables de recueillir la parole et de faire remonter les besoins plus librement.

Crédit : SEKAKOH.
À partir de ce diagnostic partagé, l’association a accompagné la restauration de zones de pâturage dégradées afin de limiter l’intrusion du bétail dans le parc et les incursions dans les champs agricoles. Une pépinière de plantes fourragères a été créée, puis mise à disposition des éleveurs pour qu’ils puissent eux-mêmes replanter et enrichir leurs pâturages. Vingt-cinq hectares ont ainsi déjà été restaurés, avec un objectif clair : permettre aux éleveurs de maintenir leurs troupeaux à l’extérieur de l’aire protégée tout en réduisant les conflits d’usage.
En parallèle, SEKAKOH a renforcé le suivi des infractions dans la réserve à travers un réseau local de renseignement chargé de faire remonter les activités illégales et les intrusions au service de conservation. Ce dispositif a été complété par l’installation de pièges photographiques dans le parc, utilisés autant pour documenter les passages que pour jouer un rôle dissuasif. Informées de leur présence, les populations savent que certaines zones sont surveillées, y compris de nuit. Couplé aux patrouilles anti braconnage, ce système a contribué à réduire de plus de 50 % les plaintes liées aux conflits entre chasseurs, agriculteurs et services de conservation.

Crédit : SEKAKOH.
La mission a également permis de faire émerger plusieurs apprentissages très concrets. L’équipe de SEKAKOH reconnaît par exemple que la pépinière aurait gagné à être installée plus près des zones de restauration, afin de faciliter la logistique. Le calendrier de plantation a lui aussi été perturbé par des épisodes de sécheresse, rappelant combien les effets du changement climatique compliquent désormais la planification des activités. Enfin, l’association souligne un enjeu encore peu adressé : mieux intégrer les femmes peuls dans le dispositif, en identifiant notamment une représentante capable de relayer leur voix au sein du projet.
Ces retours illustrent bien ce que permet une mission de suivi terrain : non seulement constater les résultats, mais aussi comprendre ce qui les rend possibles, ce qui les freine, et ce qu’il faut ajuster pour la suite. En allant au-delà du reporting, le PPI documente ainsi une réalité plus fine des projets : celle d’initiatives qui avancent par essais, adaptations et apprentissages continus, au plus près des dynamiques locales.
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