Rencontre avec les bénéficiaires des filières agro-écologiques développées par TF-RD
Published on 12 mai 2026Lors des missions de suivi et d’évaluation, l’équipe du PPI se rend sur le terrain pour voir et comprendre les dynamiques de terrain. C’est dans cette logique que Marie, chargée de mission, s’est rendue à la périphérie de la Réserve de faune du Dja, un territoire clé pour la biodiversité en Afrique centrale, intégré plus largement dans la Réserve de biosphère, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, où les enjeux de conservation se mêlent étroitement aux réalités économiques des communautés locales.
Sur place, le projet porté par l’association Tropical Forest and Rural Development (TF-RD) prend vie à travers le développement de filières concrètes : cacao agroforestier et produits forestiers non ligneux (PFNL). Mais au-delà des chiffres — plus de 250 femmes formées, des coopératives structurées, des revenus générés — c’est la réalité du terrain qui donne toute sa profondeur au projet.
Dans un village Baka, à Bifolone, les échanges avec les habitants permettent de mesurer ces impacts. Ils racontent à Marie ce qui a changé depuis les formations. Avant, expliquent-ils, une partie importante des récoltes était perdue faute de techniques adaptées. Aujourd’hui, la collecte est plus efficace, les rendements s’améliorent, notamment sur le cacao.
Puis la discussion dépasse les aspects techniques, ils parlent de la forêt, de ce qu’elle représente pour eux. Ils expliquent que c’est un lieu sacré où leur dieu, Edjengi, communique avec eux. Là-bas, rien ne doit être modifié : ni la terre, ni la végétation. Ce lieu n’est pourtant pas protégé, et la crainte de voir ces espaces disparaître est bien réelle. Bien qu’ils n’y habitent plus, ils tentent de maintenir leur traditions vivantes en emmenant leurs enfants en « école de la forêt ».
Dans cette volonté de valoriser leur territoire autrement, certains évoquent aussi le développement d’un écotourisme local, notamment à travers des sentiers ou des immersions culturelles. Mais sur le terrain, cette piste reste encore difficile à concrétiser : manque de compétences, peu de visiteurs, infrastructures limitées. Une idée prometteuse sur le papier, mais qui, pour l’instant, peine à se transformer en véritable opportunité économique.

Forêt sacrée pour les Baka, autour de Bifolone. Crédit Marie Furtado, 2026.
Ces échanges mettent aussi en lumière des besoins concrets. Certains aimeraient étendre la culture du cacao, aujourd’hui encore limitée à quelques producteurs, ce qui crée parfois des tensions. D’autres soulignent les difficultés à accéder à certains intrants nécessaires aux alternatives naturelles aux pesticides. Les femmes, elles, souhaitent développer davantage la culture de l’arachide, à la fois pour se nourrir et générer des revenus. Tous partagent une même préoccupation : préserver la forêt, non seulement pour ses ressources, mais pour ce qu’elle représente comme héritage et mode de vie.
Un peu plus loin, la visite de la chaîne de transformation permet de mieux comprendre la valeur de ces filières. Le cacao, par exemple, suit un processus précis : les cabosses sont récoltées, ouvertes pour en extraire les fèves, qui sont ensuite fermentées puis séchées. Une fois vendues, elles sont retravaillées en usine, notamment à Yaoundé, où elles sont séchées à nouveau, parfois torréfiées, puis pressées pour en extraire le beurre de cacao et produire de la poudre. À partir de là, différents produits peuvent être fabriqués, jusqu’au chocolat. Ce travail de transformation, souvent invisible, est pourtant essentiel pour créer de la valeur et connecter les producteurs aux marchés.

Récolte et ouverture de cabosses de cacao. Crédit Marie Furtado, 2026.
Dans le cas des produits forestiers non ligneux, comme les graines de njansang, le piment ou l’arachide, la certification biologique joue un rôle clé. Elle permet de rendre les produits plus visibles et d’attirer directement des acheteurs, même si des défis persistent, notamment pour sécuriser des débouchés réguliers.

A gauche, du njansang, et à droite la poudre de cacao après extraction du beurre. Crédit Marie Furtado, 2026.
Ce que révèle cette mission, c’est toute la complexité de ces projets. Derrière les résultats mesurables, il y a des dynamiques humaines, culturelles et économiques qu’aucun rapport ne peut pleinement capturer. En allant sur le terrain, le PPI cherche justement à combler cet écart : comprendre ce qui fonctionne réellement, identifier ce qui doit être ajusté, et surtout, écouter ceux qui vivent ces transformations au quotidien. C’est cette approche, ancrée dans le réel, qui permet de faire évoluer les projets au plus près des besoins et de construire, progressivement, des solutions durables.


