Interview de Daouda Zeba, BISSAKOUPOU

Published on 16 décembre 2021
ICON/BTN/arrow/2/arrow-down Created with Sketch. Non classifié(e)Interview de Daouda Zeba, BISSAKOUPOU

Interview de Monsieur ZEBA Daouda

 

  1. Daouda, vous êtes l’actuel président de l’ONG BISSAKOUPOU pouvez-vous nous présenter un peu votre association ?

 

L’association BISSAKOUPOU qui signifie « la nature du Pays Bissa» en langue Bissa est une association de protection de l’environnement et de développement local intervenant dans la région du centre Est du Burkina Faso. Elle a été créée en 1996 et a été reconnue officiellement le 26/06/1997. Elle regroupe à nos jours 1 200 membres actifs répartis dans des groupements villageois et des clubs scolaires.

BISSAKOUPOU  a pour mission de « contribuer à la conservation et à l’exploitation durable des ressources naturelles de la région du Centre Est ». Dans ce sens elle poursuit les objectifs principaux suivant :

–  La conservation de la biodiversité et la lutte contre la désertification ;

–  Promouvoir des activités de protection de l’environnement afin de lutter efficacement contre les changements climatiques ;

–  Lutter contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire par la transformation des produits forestiers non ligneux ;

–  Développer des activités socio-économiques et des microprojets au profit des jeunes et des groupes cibles vulnérables en lien avec la protection de l’environnement.

 

  1. Pouvez-vous nous raconter à quel moment et dans quelles circonstances avez-vous personnellement pris le parti de vous engager pour la Nature ?

 

Juste à la fin de mon premier cycle secondaire à Ouagadougou et l’obtention de mon BEPC en 1996, j’ai eu la chance de décrocher un poste d’animateur de projet dans le Boulgou qui est une province dont je suis natif. Ayant grandi en ville, je n’avais qu’une lecture biaisée du monde rural. C’est au cours de la mise en œuvre de ce projet de lutte contre la désertification que j’ai réellement pris conscience de la souffrance auxquelles les populations rurales étaient confrontées en raison de la dégradation de leurs terres et des conséquences des épisodes de sécheresses sur leur environnement. C’est dans cette circonstance précise que parallèlement à ma mission d’animateur, j’ai commencé à organiser les communautés avec lesquelles je travaillais autour d’un projet d’association locale. L’objectif étant alors de mettre en commun nos forces pour prendre nos destins en main sans compter sur l’extérieur. Et pour ce faire, nous avons opté d’attaquer le développement sous l’angle de la gestion durable des ressources naturelles.

C’est ainsi que nous avons pu mettre en place un club NATURAMA dont j’ai été le président. C’est lui qui a par la suite donné naissance à BISSAKOUPOU.

Avec l’appui technique et matériel de NATURAMA (qui est historiquement une des organisations les plus actives en matière de protection de l’environnement au Burkina), nous avons acquis les capacités nécessaires qui nous ont permises au fil des années de grandir en notoriété et en efficacité afin d’apporter – à notre échelle – des réponses adéquates aux problématiques de développement durable de la région du Centre Est.

 

  1. Quelle est selon vous la plus grande victoire de BISSAKOUPOU ?

 

Je ne parlerais pas de « Victoire » mais de partenariat réussi. C’est celui qui a été construit entre notre association et l’UICN. En effet, depuis 2005, nous avons entamé un partenariat avec l’UICN qui a permis de mettre en œuvre de façon conjointe plusieurs initiatives à savoir le Projet d’Amélioration de la Gouvernance de l’Eau dans le bassin de Volta (PAGEV) de 2005 à 2010. Ensuite sont intervenus le projet de partenariat pour la gestion durable de la forêt de Sablogo de 2010 à 2015, le Projet d’Appui à l’adaptation des populations dépendantes des Forêts au Changement Climatique (PACOF-CC) de 2016 à 2019 et le projet de gestion participative du refuge local des hippopotames sacré de Woozi de PPI5 de 2020 à 2021. Cela est la preuve de capacité de notre association à bâtir et entretenir des relations de partenariat durable avec des institutions d’envergure internationale comme l’UICN.

 

  1. Quelle est la personne qui est actuellement votre source d’inspiration et pourquoi ?

 

Souleymane ZEBA, Ecologue Forestier, Président de l’ONG NATURAMA au Burkina Faso :

Monsieur Souleymane ZEBA est mon grand frère, c’est avec lui que j’ai passé mon enfance. C’est à lui que je dois tout ce que je suis aujourd’hui. Je retiens toujours cette phrase qu’il avait l’habitude de nous servir. « Le découragement n’est pas permis, un homme doit toujours travailler et seul le travail paie ». Monsieur ZEBA est un penseur et un acteur qui a consacré 40 ans de sa carrière au développement et à la protection de la nature en particulier. Il fut Directeur national au ministère de l’environnement au Burkina Faso. Puis il a pris une disponibilité pour fonder et lancer l’ONG NATURAMA. Ces 20 dernières années il a également occupé plusieurs fonctions dans des organismes internationaux en passant de Directeur Afrique de l’ouest du WWF, à Conseiller Coordonnateur de programme à la Présidence de la Commission CEDEAO, puis Directeur Afrique de l’ouest à OXFAM et Coordonnateur des Programmes du CTA (ACP/UE, Pays Bas). Sa persévérance et son dévouement pour un monde meilleur m’inspire.

 

  1. Si vous étiez un animal vous seriez ? Expliquez-nous pourquoi ?

 

Si j’étais un animal, je serais un Guib Harnaché. En effet le Guib Harnaché est l’animal totem de la famille ZEBA (la mienne). On raconte dans ma famille qu’autrefois, il a sauvé la vie de notre ancêtre en lui montrant une source d’eau. A cette époque, notre aïeul qui était un chasseur, s’était aventuré, pendant plusieurs jours, en pleine saison sèche, très loin dans la brousse à la recherche de gibier. La chaleur était intense et il ne lui restait plus rien à boire. Epuisé et assoiffé, il cherchait vainement une source d’eau au risque de périr. C’est alors qu’il vit un Guib Harnaché bondissant non loin de lui avec les sabots couverts de boue fraiche. Et comme il n’y a pas de boue sans eau, il a rassemblé ses forces, fait appel à son expérience de pisteur et a suivi en sens inverse les traces de l’animal.  Les traces l’ont effectivement conduit jusqu’à une source d’eau où il a pu étancher sa soif avec bonheur.  De retour au village, il considéra cet animal qui l’avait sauvé comme le totem de la famille ZEBA et jura que toute personne membre de sa famille qui viendrait à en manger la viande, aurait la calvitie et serait atteint de cécité. C’est depuis lors que la famille ZEBA ne mange plus la viande du Guib Harnaché.

 

  1. Si vous aviez un pouvoir magique extraordinaire que souhaiteriez-vous changer ?

 

Assurer la sécurité et la sérénité pour tous les êtres vivants de la planète. Car c’est l’insécurité et l’incertitude du lendemain qui causent – selon moi – des dérives que l’humanité connait (destruction de la nature, migration, conflits, etc. Si cela est assuré, le monde vivra en paix et dans la convivialité et en harmonie avec la nature. C’est pourquoi notre pouvoir magique, s’il existait, serait de traduire et de mettre en œuvre la mission de notre association dans un programme politique à savoir assurer la conservation et l’exploitation durable des ressources naturelles de la région du Centre Est aux fins d’amélioration des conditions socioéconomique des populations rurales.

 

  1. Quels conseils donneriez-vous aux jeunes africain.e.s qui s’engagent ou veulent s’engager dans la vie associative au profit de la Nature ?

 

Avoir des objectifs de développement clair et une spécialisation dans la/les thématique(s) retenue(s). Il faut éviter d’être une association « fourre-tout » qui nage au gré des tendances des financements. Il faut se focaliser sur une thématique claire. C’est ce que BISSAKOUPOU a opté en restant une organisation de conservation de la nature et de développement socioéconomique des populations.

La recherche perpétuelle de la confiance des partenaires à travers le travail bien fait et le respect des engagements ;

Le partage des expériences et des enseignements avec d’autres associations sœurs pour leur permettre a elle aussi de grandir ;

Entretenir de bonnes de relations de collaboration avec les autorités et les leaders locaux. Ceci facilite la capitalisation de vos résultats dans la planification locale et nationale comme contribution au développement du pays.

 

Pour toute informations, contact : bissakoupou@yahoo.fr

Faisons connaissance,

suivez nous sur les rseaux ou contactez-nous