Protéger le pangolin en travaillant avec les communautés : l’approche d’ABOYERD au Cameroun
Published on 27 avril 2026Au cœur du Cameroun, le Parc National de Mbam Djerem s’étend sur plus de 400 000 hectares. Entre forêts, savanes et plaines, il abrite une biodiversité exceptionnelle, dont trois espèces de pangolins aujourd’hui fortement menacées, à savoir le pangolin géant (EN), le pangolin à petites écailles (EN) et le pangolin à longue queue (VU).
Mais ici, la conservation ne peut pas être dissociée des réalités humaines. Autour du parc, les communautés vivent directement des ressources naturelles. Faute d’alternatives économiques, la pression sur la faune reste forte : chasse pour la viande de brousse, agriculture non durable, exploitation des ressources forestières.
Dans ce contexte, protéger le pangolin ne consiste pas simplement à interdire sa chasse et sensibiliser les populations. Encore faut-il proposer des solutions concrètes.
Sur le terrain, ABOYERD adopte une approche pragmatique et profondément ancrée dans les réalités locales dans 7 villages situés à la périphérie ouest de l’aire protégée. Dans certains villages, la question de la conservation reste encore lointaine, même si une grande partie d’entre eux reconnaissent l’utilité des pangolins dans l’équilibre des écosystèmes de forêts. La réaction est souvent commune : “d’accord, mais quelle alternative pour se nourrir ?” Sans réponse à cette question, les messages de protection restent difficiles à appliquer.
L’association accompagne donc le développement d’activités génératrices de revenus, adaptées aux besoins et aux contextes de chaque village. Élevage de poulets pour répondre au besoin de protéines, pisciculture, cultures vivrières comme le plantain ou la pomme de terre, ou encore apiculture. Dans ce dernier cas, les communautés sont formées à la fabrication de ruches et à la production de miel. Pour lever les contraintes d’accès au marché, ABOYERD rachète ensuite le miel afin d’en assurer la commercialisation.

Visite d’une ferme piscicole et d’un poulailler. Crédit Marie Furtado 2026.
Ces initiatives permettent de réduire progressivement la dépendance à la chasse. Mais elles restent fragiles. Les feux de brousse peuvent par exemple détruire des ruches ou les ressources florales nécessaires à la production de miel, et l’éloignement des marchés complique encore la pérennité de certaines activités. Aussi, dans certains villages la diminution des pressions ravivent la présence de la faune sauvage dans les plantations (babouins, potamochères..), engendrant parfois des conflits.
En parallèle, ABOYERD mène un travail de sensibilisation essentiel, notamment auprès des plus jeunes. L’association intervient dans les écoles, en utilisant des supports accessibles comme des contes éducatifs autour du pangolin. L’objectif est de transmettre autrement : non pas en imposant des règles, mais en faisant évoluer les perceptions dès le plus jeune âge.

Action de sensibilisation à la protection du pangolin dans une école avec Aboyerd. Crédit Marie Furtado 2026.
Ce travail s’accompagne aussi d’échanges réguliers avec les communautés. Des discussions collectives sont organisées pour réfléchir ensemble à la gestion des ressources naturelles, et des outils participatifs, comme la cartographie des territoires, permettent aux habitants de s’approprier les enjeux.
Progressivement, cette approche porte ses fruits. Là où certains villages étaient initialement peu concernés, les dynamiques évoluent. Dans d’autres, déjà engagés, les pratiques se renforcent. L’ambition est claire : faire émerger une conservation portée localement, où les communautés deviennent elles-mêmes actrices de la protection de la faune.

Rencontre avec un apiculteur formé par Aboyerd. Crédit Marie Furtado 2026.



